Cet article est publié dans le cadre de l’opération “Unis pour un tourisme alternatif”. Orchestrée par Voyageurs du Net et parrainée par Voyageons-Autrement, ABM, Babel Voyages, EchoWay et Viatao, cette opération vise à promouvoir dans la blogosphère le tourisme responsable et alternatif.

Tout voyage au Cambodge comporte quasi nécessairement une étape à Angkor, royaume de temples qu s’étend sur 400 km2 et réputé être la 8ème merveille du monde.

Tout le monde rêve d’un lever de soleil sur Angkor Wat, d’un voyage dans le temps à la découverte de la splendeur de l’architecture khmer, de pénétrer au coeur d’un décor mystique où banians et fromagers semblent manger les vestiges d’une époque glorieuse… Le Bayon, la Terrasse des éléphants, le Ta Prohm, le Banteay Srei… autant de noms énigmatiques qui fascinent les amoureux d’Histoire et d’Archéologie…

Terrasse des éléphants Angkor

 

Alors comme tout le monde, j’ai inscrit cette étape dans mon voyage au Cambodge mais contrairement à la majorité, je ne garde pas d’Angkor un souvenir grandiose, sûrement parce que je ne suis pas une passionnée de vieilles pierres, mais pas que…

Temple en ruine d'Angkor

 

Angkor = énorme complexe touristique

Pour accéder au site d’Angkor, il faut franchir la billetterie, une « barre de péage » flambant neuve, tellement moderne qu’on a l’impression d’arriver à Disneyland, ce qui pour moi représente déjà un décalage par rapport à l’aura d’Angkor…

Visages sculptés Angkor

 

Et comme à Disneyland, vous avez le choix entre plusieurs pass :

Pass 1 journée : 20$
Pass 3 jours : 40$
Pass 1 semaine : 60$

Je fais la queue… Même si tous les guides recommandent le pass de 3 jours, j’opte pour le pass d’une journée… J’ai l’impression d’entrer dans un parc d’attractions… et ce n’est pas l’arrivée à Angkor Wat qui va m’ôter cette sensation qui me hérisse… Des cohortes de marchands ambulant prêts à sauter sur les touristes, avec des chapeaux, des parapluies pour se protéger du soleil, des boissons, des snacking en tous genres… Des touristes venus des 4 coins du monde, charriés par centaines, dont la plupart ont pour principal objectif, non pas l’histoire d’un site prestigieux bâti par des rois à l’ego démesuré, mais la photo souvenir en mode « j’y étais » qu’ils balanceront sur Facebook à la planète entière…

Touriste à Angkor

 

À part être sur le site avant le lever du jour, impossible d’espérer prendre des photos des temples dans leur intégralité sans indigène dans l’objectif… Impossible d’apprécier dans le calme ces trésors inscrits au patrimoine Mondial de l’Unesco… Il faut jouer des coudes, slalomer entre les groupes…

60 000 visiteurs en 1999
250 000 visiteurs en 2001
3 millions de visiteurs en 2011…
Les chiffres de la fréquentation d’Angkor donnent le vertige, ne laissant rien augurer de bon pour la préservation du site…

Ta Prohm Angkor

 

Angkor atteinte du syndrôme du tourisme de masse

Des familles grimpant sur les bas-reliefs des temples…
Des touristes gravant leur nom dans la pierre…
Un piétinement massif qui fait trembler de manière imperceptible un site déjà bien fragilisé par les périodes sombres de son histoire…
Un trafic routier croissant qui rejette dans l’air quantité de substances qui grignotent la pierre…

Circulation à Angkor

Peu importe aux touristes qui veulent Angkor et encore…
Malheureusement, le tourisme étant une manne intarissable, peu de choses sont mises en place pour limiter la propagation du tourisme de masse et endiguer les méfaits déjà visibles sur le site d’Angkor, gigantesque colosse aux pieds d’argile, dont la souffrance ne saute guère aux yeux aveuglés par le plaisir de la découverte…

Que restera-t-il d’Angkor pour les générations futures si les consciences en faveur d’un tourisme responsable ne s’éveillent pas rapidement ?…

Temple dans la végétation à Angkor

Bien sûr, en me baladant avec mon chauffeur-guide de tuk-tuk, j’ai bien conscience que le problème n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît car nous permettons aussi à des familles cambodgiennes d’avoir un revenu pour se nourrir…

L’entrée n’est pas donnée, 20$, ce n’est quand même pas rien… Mais bon, cela ne me dérangerait pas autant de payer une telle somme si elle servait intelligemment à la restauration des temples ou à l’aide au développement des populations locales … Mais on en est loin…

Bas-reliefs à Angkor

 

Angkor, gangrenée par la corruption

Comment Angkor pourrait être le symbole d’un développement soutenable, équitable et durable alors même que la corruption, insidieuse, s’infiltre dans chaque interstice des ruines laissées en pâture aux touristes ?…

Ruines à Angkor

 

En visitant Angkor, j’étais persuadée que le prix du billet d’entrée servait aux énormes travaux nécessaires pour préserver ce joyau mondial. Cruelle déception quand j’ai appris après que la répartition des revenus générés par les entrées des touristes était la suivante :

  • 75% viennent remplir les caisses du gouvernement cambodgien… pour quel usage ?
  • 15% revient à Sokimex, une société pétrolière en charge de la gestion du site, celle-là même qui a fait bâtir la billetterie bling-bling, celle-là aussi qui achète des plages, des hôtels, celle-là dont on dit que l’autorisation pendant 99 ans de surexploiter le site d’Angkor accordée par le gouvernement ne s’est pas faite dans les règles de l’art…
  • 10% seulement restent donc pour les restaurations nécessaires, une somme bien maigrichonne en regard des travaux pharaoniques qu’il faudrait effectuer pour redonner au site un peu de son faste…

Art khmer à Angkor

 

Je suis tout simplement écoeurée de découvrir qu’une fois de plus le tourisme ne profite ni au développement d’un tourisme durable ni vraiment à la population locale alors qu’un tiers de cette population vit encore avec moins d’un dollar par jour… Et pendant ce temps-là, certains se remplissent les poches de millions de dollars…

Vision d'Angkor

 

Quand l’aide internationale fragilise encore Angkor…

Sous prétexte d’aider à la préservation d’un site légendaire, de nombreux pays prennent la tête de missions de rénovation, de reconstruction, de restauration. Mais leur objectif inavoué est davantage de graver leur nom dans le marbre en apportant leur pierre à l’édifice : chacun espère son heure de gloire… Peu importe donc que les restaurations menées aillent à l’encontre de l’art originel khmer, l’essentiel étant que le résultat du travail mené soit spectaculaire…

Restauration d'Angkor

 

Quant aux instances décisionnelles au Cambodge, elles sont bien trop heureuses de voir des pays financer la restauration du site : elles peuvent ainsi continuer tranquillement à détourner les sommes faramineuses provenant de la soif touristique pour la découverte d’Angkor…

Sans compter que de nombreuses ONG sont présentes sur place au Cambodge pour aider les populations défavorisées…

Angkor sous le soleil

 

Alors pourquoi les corrompus haut placés cesseraient-ils leur petit manège de grand détournement de fonds ? Que ce soit en pensant juste faire une action de découverte pour un touriste ou que ce soit en voulant soi-disant protéger un édifice du patrimoine mondial pour un pays, ne contribuons-nous pas tous indirectement à ce que la corruption perdure ?… N’est-on pas dans un cercle vicieux qui tait son nom ?

Angkor Wat

Alors que je devrais être pleinement admirative devant les ouvrages remarquables, je reste un peu amère devant ces temples qui essayent tant bien que mal de rester debout en s’appuyant sur des béquilles de métal…
Moi qui ai en général le regard émerveillé d’un enfant, je suis cruellement déçue devant tant de ravages…
Oui, le site a connu dans le passé ses heures de gloire, ses heures d’horreur qu’on imagine sans peine… mais aujourd’hui Angkor doit faire face à des maux des temps modernes d’un autre genre… ce qui m’inquiète c’est qu’ils ont un caractère incurable dès lors que l’argent est au centre des enjeux…

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