Dimanche 30 juillet 2017. La mythique course de la Bonette. Je me souviens… J’avais soigneusement « sauvegardé la date » depuis des mois, en prenant bien soin sur mon agenda de laisser des cases blanches avant la date fatidique pour rester fraîche comme un gardon alerte comme un chamois (le chamois faisant plus rêver que le gardon pour gravir les montagnes !) et quelques cases blanches après. Oui parce que 26 km et 1 660 m de dénivelé positif, forcément ça laisse des traces…

La mythique course de la Bonette : j’en ai rêvé pendant 5 ans

Mes amis/amies athlètes et sportifs avaient toujours un je-ne-sais-quoi d’assez fabuleux qui s’allumait dans leur regard à chaque fois qu’il me parlaient de la course de la Bonette.

Pour ceux qui ne connaissent pas, la course de la Bonette, c’est l’ascension pédestre de la route la plus haute d’Europe à partir de Saint-Etienne-de-Tinée. Soit 26 km et 1 660 m de dénivelé. Oui, rien que ça. Enfin non. Il y a un temps limite pour arriver là-haut. 4H30. Ce qui ne laisse guère le temps de tchatcher avec les marmottes ou de se prendre un café en terrasse au hameau de Bousiéyas.

Parce que ça monte hein. Vraiment. Y a pas de descentes. Ça fait que monter. Et ça n’arrête jamais de monter tout du long. La pente est de 6,4% en moyenne. Et à certains endroits, ça monte sévère ! A la fin il paraît même que t’as un « mur » qui te coupe les jambes avant l’arrivée. Puis, t’as l’altitude. Parce que tu vas au-dessus de 2 500 m d’altitude. Et à cette altitude, l’oxygène, bah y en a moins… Mais c’est tellement magique là-bas. Là-haut. Tout là-haut.

Je voyais bien leur regard quand ils en parlaient. Pourtant, vu de ma fenêtre, moi qui suis archi nulle en course à pied mais qui pratique seulement la marche sportive, j’avais du mal à croire que c’était possible d’arriver là-haut. En bon état ! Et dans les temps ! Non parce que quand même 4H30… En marchant, ça veut dire faire au moins du 6 km en montée et tenir la cadence sur 26 km… Ça me paraît tellement impossible… OK je marche vite mais sur du plat de chez plat…

Mais la course de la Bonette. Quand même. Ça a l’air tellement extraaaaaaordinaire…

reve ascension bonette

Course de la Bonette dimanche 30 juillet 2017 : pourquoi pas moi ?

Début 2017. Je sais pas pourquoi mais cette idée de course de la Bonette recommence à germer dans la mega case ‘rêve’ de mon cerveau. On en parle entre nous. Je reste sceptique sur la possibilité de le faire entièrement en marche et dans les temps… En tout cas, va falloir se préparer.

Ma préparation à la course de la Bonette

L’ascension du col de Vence en mai 2017 : premier test

En mai, je prends un dossard pour faire l’ascension du col de Vence : 10 km 600 m de dénivelé. Histoire de tester. Sans me prendre la tête. Je m’inscris avec une amie sur la ‘marche solidaire’. C’est le même parcours que les coureurs, mais les marcheurs partent beaucoup plus tôt, histoire de pas gêner.

8h. Le départ retentit. C’est parti. Je cale mes enjambées sur mes partenaires de marche. Mais déjà à la sortie de Vence, je les lâche. On n’a pas la même cadence et j’ai besoin d’avancer plus vite pour trouver mon rythme de croisière.

départ ascension col de vence

Comme je n’ai jamais pratiqué ce type de course en montée constante, je ne sais pas trop à quoi m’attendre, comment gérer… Alors je me cale derrière le petit groupe de tête, environ sur du 7 km/h.

Mais au bout de quelques virages, tant pis, je les lâche et je pars devant. En marchant sur toute l’ascension. Sans jamais courir. Sans jamais m’arrêter. Ni même me retourner. Comme si mes poursuivants me talonnaient. Histoire de ne pas baisser le rythme.

1H20 après avoir pris le départ, me voilà en haut. Carrément étonnée de terminer à la première place ! Même pas mal. Que du bonheur !

podium marche ascension col de vence

L’ascension du col d’Agnel dans le Queyras : juste moi prise d’une folle envie de marcher !

Lors de mes vacances dans le Queyras, un jour, je suis prise d’une lubie : tenter l’ascension du col d’Agnel en marche. 21 km. Une pente à 6,5 km en moyenne. Une arrivée à 2 744 m d’altitude. Le profil ressemble à la course de la Bonette.

Allez hop hop c’est parti ! On est hors saison. Pas grand monde sur la route. Vers le haut du parcours, à un moment, je dois m’arrêter quelques secondes. Je me sens toute bizarre… Sûrement l’altitude. Un fruit sec et ça repart !

J’irai jusqu’au refuge Napoléon. Pas parce que je suis incapable d’aller plus haut. Mais parce qu’au-delà la route est encore enneigée. 15 km et 840 m de dénivelé positif à 6,9 km/h de moyenne. Un bon entraînement. Surtout que j’ai pas bien réfléchi que maintenant j’allais aussi devoir faire la descente. Et la descente qui fait aussi 14 km, quand tu as déjà 14 km de montée dans les pattes, ben c’est pas si facile. Non, ça glisse pas tout seul ! Je te garantis que je la sens bien passer la descente…

Au final, je suis un peu HS en arrivant en bas ! 30 km dans la poche…

col agnel entraînement la bonette

De la marche souvent. Sur tous les terrains.

Je continue à m’entraîner. Régulièrement. A progresser au feeling. Le matin. Le soir. En semaine. Le week-end. Sur un tapis en salle. Sur le bitume. Sur chemin de terre. Sur du plat. En montée. Jamais moins de 10 km. Plutôt 15 ou 20 km. Je travaille l’endurance avant la vitesse. J’atteins un rythme de croisière entre 7,5 et 8 km/h que je tiens facilement pendant 2H.
Je fais aussi du vélo. Et de la natation en mer. Pour varier les plaisirs. Pour n’avoir que des entraînements plaisirs. Je n’oublie pas les jours de repos. Mais la Bonette devient une obsession.

La blessure à la c.. un peu plus d’1 mois avant la course de la Bonette

Un peu plus d’un mois avant la course de la Bonette, lors d’un rando dans le Mercantour, je me baigne aux lacs de Prals. En sortant, mon orteil bute sur un rocher… Aïe… Rapidement l’orteil bleuit… Noircit… Pas joli. Pas bon signe. Truc à la c..

Verdict à la radio : orteil fracturé. Pas de sport pendant 3 semaines. La catastrophe pour moi. En un instant, je vois toutes les chances de réaliser mon rêve de Bonette s’évanouir en fumée.

No entraînement. Je m’arrête. Pas le choix. Je prends patience bien que cette qualité ne soit pas spécialement mon fort ! Environ 2 semaines avant le jour J, je reprends tranquillement l’entraînement et je retrouve une lueur d’espoir. J’irai même faire la seconde moitié du parcours de la Bonette pour tester le parcours, ma réaction en altitude, dans la pente… ça passe, pas de douleur à l’orteil et de bonnes sensations malgré un début difficile…

paysage course de la bonette

Course de la Bonette dimanche 30 juillet 2017 : finalement j’en suis !

7H du matin. Dimanche 30 juillet 2017. Le jour J. Je suis sur la ligne de départ avec le dossard n°48. Le deuxième de ma vie ! On est 200 participants au départ. Les émotions se télescopent : je suis à la fois surexcitée de participer à cette cours mythique dont j’ai tant rêvé et en même temps, je suis pleine de doutes et d’appréhension. Et si je n’y arrivais pas ? 26 km et 1 660m de dénivelé, je ne sais pas si mon organisme peut l’encaisser sereinement…

départ course de la bonette 2017

Le départ est donné. Plus le moment de cogiter. Tout le monde s’élance. A fond de train. Je me mets tout de suite en marche sportive. Je résiste à l’envie d’essayer de suivre le rythme global donné à la course. C’est dur car en gros cela implique de voir environ 195 coureurs devant moi. Et fermer la marche sur 26 km franchement ça va être rude pour le moral. Mais je me mets dans ma bulle et je prends mon rythme, celui sur lequel j’ai bossé, celui sur lequel je connais mon organisme.

début course de la bonette

C’est cool, je me sens hyper bien. J’ai hâte d’être plus haut en altitude, là où la route la plus haute d’Europe prend tout son sens visuel pour offrir aux participants un cadre d’exception. Surtout que je ne connais pas la partie basse du parcours. J’ai pris la décision d’être autonome en eau et en « alimentation » : il n’y a pas forcément un ravitaillement lorsque tu en as besoin donc… Je teste également le fait de manger un fruit sec toutes les 20-30 minutes pour ne jamais sentir une baisse d’énergie une fois qu’il est trop tard.

la bonette ascension pédestre

Assez rapidement, à ma grande surprise, je commence à dépasser des coureurs, sans forcer. La météo est de la partie : il fait beau mais pas trop chaud et il n’y a pas de vent ! J’ai de bonnes sensations. Je suis déjà dans ma bulle. Mon allure est constante. Je n’ai pas d’autre objectif que celui d’arriver là-haut avant la deadline des 4H30 de  course. Alors je ne me mets pas de pression. Je vis pleinement ma course. Mon rêve.

ascension la bonette 2017

14 km plus tard et en moins de 2H, me voilà à Bousiéyas à mi-parcours. Je suis nickel question timing. Je suis toujours à la même allure. Ce qui me permet de grignoter quelques places au fur et à mesure, l’air de rien. Bon, je me fais quand même regarder étrangement au passage car je double des coureurs en marchant !

course pédestre bonette 2017la bonette mercantour course pédestrecourse ascension la bonette

La seconde partie du parcours, je la connais, donc, à part le fait d’avoir déjà 14 km dans les pattes, je ne devrais pas avoir de mauvaises surprises. Donc à moins d’une douleur quelconque intense, je sais que j’irai jusqu’au bout maintenant. J’ai toujours des jambes et mon mental est survolté à l’idée d’aller au bout de mon rêve ! Surtout que là maintenant le décor sera là pour faire oublier la fatigue, les crampes…

course ascension la bonetteascension route la plus haute d'europe

19 km. Je dépasse le Camp des Fourches. Toujours sur la même tendance. Pas de coup de barre. pas de crampes. – ma stratégie de grignoter toutes les 20-30 min serait-elle payante ? –

35ème édition la bonette

L’arrivée approche maintenant à grands pas. Reste la montée finale, ce « mur » dont on m’a tant parlé. Tu sais quoi ? Bah on m’a pas menti, le « mur »qui est une pente à 15% tient toutes ses promesses ! Là, pour être honnête, j’ai les muscles des jambes qui tirent, qui hurlent, qui se durcissent… Pour la première fois depuis le départ, je suis incapable de garder le même rythme. Heureusement, la ligne d’arrivée est en vue !

ascension bonette la bonette magnifique course

Yes, I did it ! En 3H34, soit près d’une heure d’avance sur mon « objectif » et sans jamais courir. Ce qui fait du 7,2 km/h en moyenne. Je n’en reviens pas moi-même ! Je finis 132ème sur 200, juste derrière mon ami Bernard que je rejoins pour une petite photo souvenir.
Je suis fatiguée mais franchement en bon état.

arrivée course de la Bonette

Une course sublime, vraiment bien organisée (grâce aussi à l’aide de tous les bénévoles qui rendent cette course possible) que je recommande à tous les sportifs (un peu entraînés quand même hein ?!!)

J’ai des étoiles plein les yeux et des endorphines dans tout le corps. Trop contente de n’avoir rien lâché. J’ai fait un beau voyage de 26 km à la rencontre de moi-même !

Mon capital santé étant actuellement sérieusement entamé, j’avais besoin de me replonger dans ce merveilleux souvenir pour mieux me battre et remonter la pente… Me dire que tout est possible…

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2 Réponses

  1. Sylvie

    OUI Nath tout est possible ! Te battre et remonter la pente tu peux le faire car regarde l’exploit que tu as accompli là avec cette course ! C’est vraiment incroyable ! Oui il y a la condition physique, oui il y a l’entraînement et tout et tout. Mais il y a aussi la Volonté et le Mental. Toutes ces qualités qui t’ont portée tout au long de cette course peuvent te porter aussi pour vaincre la maladie… Tu as encore d’autres rêves à réaliser alors bats-toi, remonte la pente et rêve… Rêve d’autres courses… Rêve de voyage au Chili… Rêve de guérir ! J’ai adoré ton récit au travers duquel j’ai eu l’impression de marcher près de toi sur cette sublime route de la Bonette. Merci pour le partage et BRAVO à toi pour cet exploit et ce rêve accompli. Garde le moral, rêve et bats toi…

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