Interview Roger Barthas – partie 1

Un blog de voyages, c’est une aire de partage, de rencontres, de découvertes… Sans laisser la parole à d’autres voyageurs, sans offrir différents points de vue sur notre planète, sans partager les initiatives de citoyens du monde, mon blog de voyages aurait continué à avancer sur une jambe…

C’est pourquoi j’ai décidé de créer une rubrique Interviews. Et aujourd’hui je suis très heureuse que Roger Barthas, un amoureux du Cambodge qui a fait énormément de belles choses pour ce pays magnifique, ait accepté d’inaugurer cette rubrique.

 

- Bonjour Roger, peux-tu nous dire qui tu es et nous raconter tes débuts de voyageur ?

Je vais bientôt avoir soixante ans, j’ai eu une vie bien remplie.

J’ai effectué mon premier voyage au Cambodge en 1992, il y a 20 ans déjà ! Comme beaucoup d’amoureux de l’Asie, je rêvais de voir Angkor, mais l’histoire de ce pays ne s’est débloquée que vers la date de mon premier voyage. Les frontières étaient quasiment fermées jusqu’alors.

Il en était de même pour le Laos, que j’ai aussi visité cette année-là. Avec ma défunte épouse Valérie, nous sommes partis au Laos avec un visa humanitaire et nous avons ouvert le premier cabinet dentaire privé de Vientiane. Elle avait les compétences techniques et moi, j’ai pu démontrer au ministre de la santé, l’intérêt du projet, sur le plan économique.
Grâce au visa humanitaire, bien qu’accompagnés, nous avons pu visiter le pays et Luang Prabang qui, après Angkor était mon deuxième rêve.

Au Cambodge, à cette époque, nous n’avons passé qu’une dizaine de jours, entre Siem Reap et Phnom Penh, mais nous sommes tombés sous le charme.

Roger de la Villakohdach

 

- Peux-tu nous raconter ta rencontre avec le Cambodge ?

Je fis avec ma femme, Valérie NGUYEN, un premier voyage au Cambodge en 1992. Nous partagions un sentiment de félicité à la vue des merveilleux sites d’Angkor. Notre bonheur était égal à notre inconscience car des bandes armées Khmères rouges sévissaient encore dans la région.
Au pied des temples, seuls touristes, nous échangions quelques mots et quelques sourires avec les enfants dépenaillés qui nous proposaient d’être nos guides. Ils avaient aussi des babioles à vendre et nous harcelaient en disant : souvenir, souvenir, tant et si bien qu’il était devenu presque rituel pour moi de leur apprendre la chanson si connue de Johnny Hallyday, qu’ils retenaient avec une mémoire auditive sans pareille pour nous, mais propre à tous les peuples d’Asie.

Au sentiment de félicité s’opposait un sentiment de profonde tristesse, pour ce peuple si beau, si fier et si chaleureux, car partout les stigmates de l’horreur se rappelaient à notre vision en prenant la forme des divers handicaps et mutilations qu’occasionnent les mines antipersonnelles ; la misère, Phnom Penh était un véritable bidonville où les hommes partageaient leur survie avec les rats et les jeunes femmes avec les forces armées de tous les peuples du monde…

Rue de Koh Dach au Cambodge

 

- Le Cambodge a été ton premier voyage… As-tu voyagé dans d’autres pays ?

L’attirance vers l’Asie remonte à l’enfance : un peu à la Pierre Loti, sauf que je n’avais pas de grenier parental ! Pas de télé (encore) et pourtant une vision, que j’ai retrouvée lors de mon premier voyage dans l’Issan Thai, vers les années 1980.

Sinon, pour te répondre, j’ai voyagé «familialement» dés mon adolescence: un Bepc à Madagascar, un Bac au Tchad…

De l’Asie, je ne connais ni le Japon car j’ai peu d’attirance pour les sociétés industrielles, ni la Birmanie car j’étais partisan du boycott. J’irai peut être un jour dans ce dernier pays car l’envie est là, mais pour l’instant et depuis dix ans, j’ai consacré toute mon énergie et mon temps au Cambodge.

Récolte du riz sur Koh Dach au Cambodge

 

- Quelle est ta conception du voyage ?

Aujourd’hui, je ne suis plus un voyageur. Je vais à Phnom Penh comme un provincial va à Paris. Ma conception a évolué avec l’âge, les moyens financiers, le couple etc… Mais sur le fond, elle est routarde. J’ai toujours aimé, le hors sentiers battus, les petites structures familiales, les lieux d’échanges…

Cependant, le voyage a énormément évolué dans les trente dernières années, d’abord avec les guides papiers, puis avec le net et les forums. J’ai l’impression que le voyage routard des années 80, n’existe plus qu’à la marge. Les voyageurs sont plus sécuritaires qu’aventureux, mieux organisés et donc «planifiés» et du coup ont moins le désir d’échange, qui était dans l’air autrefois mais qui était aussi un moyen d’avoir les infos, les bons plans… Ma conception du voyage au bout du compte : un moyen de gagner en liberté, par rapport à un quotidien de travail, c’est, tu le comprends, un refus des contraintes du trop organisé: une boussole est suffisante.

Avec l’âge, j’ai glissé vers du slow tourisme, des séjours plus longs dans un même endroit, une manière de privilégier le relationnel, la connaissance en opposition à une collection d’images : pour cela il y a d’excellents reportages.

Roger sur un bateau

 

- Qu’est-ce qui t’a plu au Cambodge au point d’avoir envie d’y passer une bonne partie de ta vie ?

Il y a de très nombreux axes de réponses. D’abord avec ma défunte épouse, nous avons mis dix ans avant de revenir. Nous avions conscience que le retour serait fatal.
Après, je ne pense pas qu’il y ait eu un acte volontariste de ma part. Le déroulement de la vie, de la mort, le destin… Mon veuvage et mon remariage avec une Cambodgienne. Au bout de la réflexion : je te dirais les Khmers.

Enfant khmer

 

- Combien de fois vas-tu au Cambodge par an ?

Depuis une décennie, et vu que je bossais dans l’Education Nationale, je me débrouillais pour faire deux voyages : un de deux semaines l’hiver et un de six semaines l’été. Maintenant, je suis orienté vers du mi-temps: nos hivers là-bas, nos étés ici en France… sans rien exclure pour autant !

Inondations à Koh Dach au Cambodge

 

- Quel est ton endroit préféré au Cambodge ? Celui que tu affectionnes le moins ?

Bien sûr, celui où je me suis installé : Koh Dach, et peut être plus particulièrement le monastère où je t’ai emmenée…

Je ne sais pas répondre à ta deuxième question, c’est plus des quartiers que des endroits peut être…Les endroits qui puent le fric et l’artificiel, c’est une réponse ?

Marché de Koh Dach au Cambodge

 

Merci Roger de nous avoir raconté à coeur ouvert ta vie de voyageur… On se retrouve très vite pour la suite de l’interview, consacrée cette fois à ton côté voyageur au grand coeur, où tu nous parleras de la guesthouse que tu as créée mais aussi de ton expérience du monde des solidarités.

Vous pouvez retrouver toutes les photos de cette interview, et bien d’autres encore sur le blog de Roger consacré à Koh Dach.

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