Cet article est publié dans le cadre de l’opération “Unis pour un tourisme alternatif”. Orchestrée par Voyageurs du Net et parrainée par Voyageons-Autrement, ABM, Babel Voyages, EchoWay et Viatao, cette opération vise à promouvoir dans la blogosphère le tourisme responsable et alternatif.

Etre apprentie voyageuse et prendre conscience

J’ai commencé à voyager un peu par hasard… un peu comme si un matin je m’étais réveillée avec cette envie subite de parcourir le monde… Je me suis alors acheté un sac à dos pour pouvoir assouvir cette passion naissante qui ne devait plus me lâcher…

Voyage sac à dos

J’ai vécu mes premiers voyages en Afrique, en Asie, avec la fraîcheur, la naïveté et l’innocence d’une globe-trotteuse en herbe… Je profitais de pouvoir voyager, découvrir, explorer des contrées avec cet incroyable sentiment de liberté qui me collait à la peau. Néanmoins, comme j’avais choisi de partir avec juste un vol sec en poche, j’ai vite pris conscience que la réalité des pays que je visitais ne ressemblait en rien aux images aseptisées, imprimées sur papier glacé, dont les agences se servent pour racoler touristes et apprentis voyageurs en manque d’exotisme…

Enfants à Sarodrano

Mais étrangement, je ne garde pas comme souvenir de mes premiers voyages les paysages aux vertus magiques et mes rencontres avec la faune sauvage… Non je garde en mémoire des instantanés terriblement humains :

  • des enfants en haillons marchant pieds-nus sur des routes traversant le pays de nulle part,
  • des mamans faisant la manche sur le trottoir pour nourrir leurs enfants, le regard hagard et sans espoir
  • des vieillards aveugles et esseulés
  • des bicoques de tôle et de terre cuite, tenant encore debout par je-ne-sais-quel-miracle, comme pour défier les lois de l’architecture, et abritant des familles nombreuses
  • des hommes se tuant à la tâche, quitte à hypothéquer leur vie, pour nourrir leur famille
  • des mômes hauts comme 3 pommes buvant de l’eau saumâtre…

Ces images continuent à me hanter encore aujourd’hui… A l’époque, apprentie voyageuse, j’avais été bouleversée par autant de misère à laquelle j’assistais, impuissante, moi, jeune femme blanche privilégiée, née du bon côté du monde…

C’est alors que j’ai voulu trouver un moyen de voyager utile, de mettre à profit la chance que j’avais pour donner un petit coup de pouce…

Fillette au Cambodge : tourisme solidaire

Mon premier essai de tourisme solidaire

Après maintes recherches, j’ai enfin trouvé le moyen de parcourir le monde en filant un petit coup de pouce dans le pays dans lequel j’étais invitée…

J’ai passé 3 semaines dans un petit village de brousse au Sud-Ouest de Madagascar, 3 semaines durant lesquelles j’avais pour mission d’animer un centre de lecture pour enfants à travers des activités ludiques et pédagogiques qui devaient leur permettre d’améliorer leur niveau en français.

Mission tourisme solidaire à Madagascar

Si je garde un souvenir impérissable de ces 3 semaines passées avec ces enfants vifs, espiègles, animés d’une soif d’apprendre exemplaire, aujourd’hui, le bilan que je fais de cette mission est plus mitigé :
J’ai payé cher l’organisme permettant à Monsieur et Madame Tout le monde de partir en mission à vocation solidaire. L’explication de ce coût :

  • Des frais de structure énormes absorbant une grande partie de l’argent, de mon argent, qui aurait pu être réinvesti sur place… d’autant que dans un petit village de brousse comme celui-là, les besoins sont énormes…
  • Un manque de suivi : à l’origine les bénévoles devaient se passer le relais afin de permettre une progression et afin que l’aide apportée soit profitable sur le long terme… Or, malheureusement je suis au regret d’admettre que ce passage de relais est un passage fantôme…

Je me réconforte en me disant que sur le court terme, j’ai pu apporter un peu de bonheur dans la vie de ces enfants. Mais en aucun cas, je ne peux dédouaner ma conscience en me convainquant que j’ai permis de faire faire un grand pas à l’humanité et que j’ai été actrice d’un tourisme solidaire…

Tourisme solidaire à Saint-Augustin

Mon second essai de tourisme solidaire

La seconde fois, pas question pour moi d’engraisser à nouveau un organisme tentaculaire, trop gourmand en énergie pécuniaire…

J’avais donc décidé de vendre des cartes de vœux au moment de la nouvelle année et d’aller sur place dans un orphelinat pour détecter les besoins les plus pressants, tout en récoltant des baskets avant mon départ car je savais que là-bas, ils en manquaient.

Tourisme solidaire : distribution de baskets

Encore une fois, la rencontre avec les enfants et le couple tenant l’orphelinat a été une expérience humaine d’une intensité que je ne peux oublier… Quelques jours où la notion de partage a pris un sens qui n’existe plus ici et qu’aucun mot ne pourrait décrire.

Achat de couvertures : tourisme solidaire

Sur place, j’ai pu leur acheter des couvertures et un réfrigérateur. Je n’ai rien acheté sans concertation avec le couple tenant l’orphelinat ils étaient plus à même que moi de savoir ce dont ils avaient le plus besoin.

Et je ne l’ai pas fait dans un rapport de dominant (ayant l’argent) à dominé mais dans un rapport d’échange construit au fil des jours : et croyez-moi j’ai reçu autant que j’ai donné…
Je ne l’ai pas non plus fait dans un besoin de dédouaner ma conscience, mais simplement parce qu’en tant que voyageuse, je me sens citoyenne du monde et je ne veux pas uniquement « prendre » dans le pays que je visite : j’ai envie de « donner »…

Là encore j’ai pris du recul sur cette démarche : ok, je leur ai filé un petit coup de pouce mais en quoi les ai-je vraiment aidés sur le long terme ? Ai-je été solidaire alors qu’aujourd’hui, à des milliers de kilomètres de là, je suis incapable de savoir s’ils vont bien ?…

Orphelinat de Fianarantsoa : tourisme solidaire

Bilan de mes expériences en tourisme solidaire

Ces 2 expériences en tourisme solidaire m’ont permis de mûrir mais me laisse perplexe aujourd’hui encore… Ai-je bien agi ? Ai-je adopté la bonne démarche pour aider au développement local ? N’ai-je pas été aveuglée par ma culture et mon éducation occidentale ?

Orphelinat, tourisme solidaire

Peut-on réellement filer un coup de pouce au cours d’un voyage de quelques semaines ?

Faut-il aider sur le court terme ou ne rien faire quand on a peu de temps sur place ?

Quel est le meilleur moyen pour aider des populations en détresse alors qu’on ne maîtrise bien souvent pas tous les tenants et aboutissants ?

Pauvreté à Madagascar

A qui se fier alors que le tourisme de masse fait des ravages, y compris dans le tourisme soi-disant responsable ?…

Si demain je devais repartir en voyage solidaire, je serais bien ennuyée de savoir quelle est la meilleure démarche à adopter, d’autant plus que les mots « solidaire », « responsable », « écologique » sont des mots pervertis par l’industrie du tourisme qui a vu dans ces formes de tourisme alternatif une nouvelle manne…

Et pourtant, il y a tant de populations en détresse… Est-il seulement possible de rééquilibrer un peu ce monde où « tout fout le camp » pour que nos enfants et petits enfants aient la chance de découvrir ces merveilles dont est parée aujourd’hui notre planète ?

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