Phuket, des prédispositions innées pour le tourisme

Aucun doute, à la naissance, Phuket a été avantagée par la nature :

  • des plages idylliques de sable blanc avec la montagne en arrière-plan alternant avec de petites criques rocheuses,
  • une mer limpide hésitant entre le bleu lagon et le bleu turquoise et constellée d’îlots aux allures de paradis perdus,
  • une jungle luxuriante en son centre, avec des essences végétales uniques,
  • des températures estivales toute l’année et du soleil à gogo au moment où chez nous on grelotte dans la grisaille hivernale…

L’industrie touristique n’a pas été longue à détecter en la belle Phuket le potentiel lucratif qu’elle recelait : quelques opérations de chirurgie touristique plus tard – développement de l’infrastructure hôtelière, expansion des animations nocturnes, multiplication des activités propices à la détente… – ,  la séduisante Phuket était prête à racoler une clientèle de touristes et autres voyageurs en mal d’exotisme.

Et le moins qu’on puisse dire c’est que l’industrie touristique a eu un bon flair en s’appropriant la divine Phuket, devenue aujourd’hui une référence mondiale en matière de destination farniente paradisiaque.
Mais si le tourisme est la source principale de revenus de Phuket, il est aussi paradoxalement la cause de la beauté naturelle de l’île…

Paysage Phuket en Thaïlande

 

10 symptômes de la gangrène qui touche Phuket

Si la beauté originelle de Phuket m’a séduite, je n’en ai pas moins été choquée par certains signes irréversibles de la mutation subie par Phuket :

1- La Côte Ouest de Phuket est criblée de resorts « bling bling »

Ces véritables paradis artificiels à l’intérieur du paradis se sont affranchis de l’âme thaïlandaise.

 

2- La densité excessive de touristes sur des sites naturels à l’écosystème précaire

Par exemple, quand je suis allée sur Raja Island, une quinzaine de bateaux avaient jeté l’ancre dans un périmètre réduit pour permettre à des essaims de touristes armés de leurs palmes, masques et tubas d’aller admirer les fonds marins.

Densité excessive de touristes sur les îles autour de Phuket

 

3- L’invasion d’une espèce mortelle : le sac plastique

En allant nager sur la plage de Yanui Beach en apparence proprette, pour la première fois de ma vie, je me suis baignée au milieu de sachets plastiques en état de décomposition en cherchant à éviter serviettes hygiéniques, canettes et autres bouteilles. Un cauchemar éveillé !
Je comprends mieux maintenant pourquoi les tortues de mer meurent… asphyxiées par les plastiques dans lesquelles elles s’empêtrent et dont elles n’arrivent pas à se dépétrer…

Yanui Beach sur Phuket en Thaïlande

 

4- L’armada de tour-operators qui quadrillent le territoire

En ville, pas moyen de faire 10 mètres sans tomber sur un tour-operator, prêt à dégainer l’un des 12 000 prospectus d’excursions disposés sur son présentoir.
J’ai été frappée de voir à quel point non seulement leur mécanique d’organisation était bien huilée (service de pick-up, système d’étiquettes de couleur par destination d’excursion au port d’embarquement) pour être en mesure d’absorber un gros flux de touristes mais leur stratégie marketing n’est pas en reste, loin de là : si le programme d’excursions s’entend généralement repas inclus, les tour-operator n’hésitent pas à tenter (et ça marche !) des ventes additionnelles : vente de sacs étanches pour les appareils photos avant de monter sur le bateau, vente de hamburger-frites ou de noix de coco à bord…

Tour operator sur Phuket en Thaïlande

 

5- La présence indécente d’un escadron d’échoppes touristiques agglutiné aux sites religieux.

Par exemple, lorque j’ai été visité le temple bouddhiste de Wat Chalong (photo ci-dessous), j’ai été choquée par les stands alignés en rang d’oignons de tee-shirts, babioles et autres souvenirs de pacotille… Sans compter qu’à cela s’ajoute un comportement irrespectueux des touristes sur ce type de sites : le but de la visite n’est pas de découvrir un pan du bouddhisme mais de se prendre en photo, en short et les épaules dénudées tout contre un bouddha ou à moitié affalés…

Rangées de magasins de souvenirs sur le site de Wat Chalong à Phuket

 

6- Le commerce photographique des animaux sauvages

Il existe un trafic d’animaux sauvages sur Phuket. Des animaux sauvages (singes, rapaces…) sont kidnappés de leur milieu naturel et utilisé à proximité des sites touristiques : les touristes se voient proposer, moyennant monnaie trébuchant, de poser en compagnie d’un animal sauvage pour avoir une photo souvenir à exhiber. Autant dire qu’accepter ce genre de choses, c’est encourager le trafic illégal d’animaux. Donc pas de photo pour illustrer mon propos bien sûr !

 

7- Une cuisine locale en voie de disparition

Avant mon départ, j’avais entendu tellement de promesses concernant la cuisine thaïlandaise, soi-disant l’une des plus réputées au monde pour ses saveurs extraordinaires… Quelle déception sur place de découvrir que l’authentique cuisine thaï n’est plus qu’une exception sur Phuket, remplacée par toute une ribambelle de restos italiens, français, russes et de gargotes servant des petits déjeuners continentaux dont le but semble d’être de ne pas perturber les habitudes des Occidentaux… Pizzas, hamburgers, spaghettis bolognaise, sandwichs au thon, crêpes suzette, salade mozarella, hot-dog… Votre palais ne sera pas en terrain inconnu, mais pour ce qui est du voyage des saveurs, Phuket vous renvoie à votre quotidien… Et même les plats typiquement thaïlandais semblent n’être qu’une pâle copie d’un paradis culinaire perdu…

Cuisine pas très locale

 

8- L’existence d’une mafia des tuk-tuks

Si dans d’autres pays d’Asie, le tuk-tuk est un moyen pratique et économique de se déplacer, sur Phuket, on frôle l’arnaque permanente car il existe une mafia des tuk-tuks et en l’absence de contrôle et de régulation sur les prix pratiqués, les tarifs sont tout bonnement exorbitants et les chauffeurs peu enclins à négocier ! Pour dire il est plus avantageux de louer une voiture à la journée !

 

9- Le monopole des voitures rutilantes et des minivans de luxe

Si dans nombre de pays d’Asie, vieux tacots et belles bagnoles se partagent la route, sur Phuket, vous ne verrez que des véhicules flambant neufs toutes options. Pas de boîtes sur roulettes tombant en ruines mais un parc de véhicules à faire pâlir de jalousie nos pays occidentaux… Les touristes n’auront pas à se plaindre du manque de confort mais le voyageur en mal d’aventures ne trouvera pas de moyen de transport local où se mêler avec les habitants…

 

10 – La vie des locaux dissimulée derrière la débauche d’infrastructures touristiques

Si vous vous contentez de rester dans votre hôtel ou si vous décidez de faire quelques excursions à succès en compagnie d’autres touristes, vous n’aurez de Phuket qu’une image estropiée de la réalité En revanche si vous empruntez un scooter ou une voiture et que vous cherchez à vous perdre sur les petites routes, vous aurez l’occasion de voir la vraie vie des habitants de Phuket, des pêcheurs et des travailleurs de la terre refoulés par le tourisme…

Sur les petites routes sur Phuket

 

Ces 10 symptômes montrent bien que le tourisme a largement commencé à modifier en profondeur l’île de Phuket et qu’il est en train de balayer les moeurs, de bouleverser l’environnement et de faire disparaître peu à peu la richesse de l’âme thaïlandaise pour satisfaire les touristes trop attachés à leur confort pour gratter le vernis glossy dont l’île s’est parée pour les séduire…

A propos de l'auteur

Salut, moi, c’est Nath’, je suis une intermittente du voyage, chasseuse d’images addict aux grands espaces et à la faune sauvage. ICI je vous emmène AILLEURS pour rêver, farnienter, lézarder, barouder à la rencontre de notre monde, vous venez ?

15 Réponses

  1. Lucie

    Nous on s’etait deplaces en scooter, mon copain a toujours voulu en conduire un et une fois dessus plus moyen de lui retirer. Du coup on a surtout fait Phuket en scooter, et vu qu’on est pas doues pour se reperer, on s’est perdus et c’est vrai qu’en s’eloignant des cotes c’est moins blindes et on trouve de la cuisine thai (entre autre chose).Enfin, ca c’etait avant qu’on tombe malade, apres c’etait moins marrant…Mais c’est vrai que le tourisme de masse fait des ravages la-bas. C’est dommage…

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  2. Leslie@Voyage Perou

    Ah mon dieu..on s’en sortira jamais. Développement touristique = développement économique + destruction de l’environnement et de l’authenticité. Peut-être s’ils avaient des quotas plus strictes ils pourraient encadrer plus « sévèrement » les touristes? Je ne sais pas trop quelle est la solution. Mais ces endroits paradisiaques perdent malheureusement tout leur charme.

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  3. Julien@changer de vie

    Ca me rend triste parce que je rêve de Phuket depuis bien longtemps, mais que la situation va en s’empirant. Et Phuket n’est que la partie immergée de l’Iceberg, d’autres lieux vont suivre…

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    • Nath

      Oui hélas, pas mal d’endroits subissent le même sort… Certains sont entrain de changer, d’autres ont déjà perdu leur beauté originelle… Moi aussi cela me rend triste…

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  4. Florian

    C’est désolant… J’avais fait une balade en éléphant à Phuket, et les personnes qui s’en occupaient les frappaient fort sur la tête avec un gros gourdin. J’ai vu un éléphant avec la tête bleutée et du sang qui coulait. J’étais dégoûté par ça malgré la balade sympa. Ils n’ont pas besoin de frapper les éléphants pour les faire avancer, je ne comprend pas pourquoi ils le faisaient…

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      • Florian

        Oui mais je dénonce, pour que les gens ne fassent pas cette activité. Franchement, à Phuket il faut éviter Patong.

      • Nath

        Tu as raison de dénoncer, il est important qu’en tant que voyageur on ait conscience de ce type de pratique…

  5. allwebsite

    Je confirme que Phuket est paradisiaque, surtout ne maquez pas de voir les anciennes constructions Sino-Portugaises qui se succèdent, surtout sur Krabi Road et Thalang Road, et les temples chinois et thaïs tels que Saengtham (le plus ancien de Phuket), Put Jaw, Wat Khachornrangsan, Khun Chi… 🙂

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  6. océan

    Il ne faut pas critiquer Phuket je sis a Patong depuis 2 semaines
    Rien a dire sous ce soleil torride ils sont tous disponibles accueillant.
    Le tourisme reste le tourisme ca les fait vivre si vous critique. Ne venez pas en Asie.
    Je garde un bon souvenir les Thaillandais sont courageux.Accueillant polis respectueux.

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    • Nath

      Mon article n’a pas pour but de critiquer les thaîlandais et je comprends bien que le tourisme les fait vivre. En revanche le tourisme, ou plutôt une certaine forme de tourisme, modifie le « visage d’un pays ». Mais le touriste est tout autant responsable que l’industrie touristique…

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  7. fabworld

    C est assez drôle, vous fustigez le tourisme de masse à Phuket et dans le même temps vous écrivez un article sur les iles thailandaises, les plus touristiques qui soient !!! Vous penser faire rêver qui avec des iles comme Samui, Phi Phi, Lanta ???!!! Elles sont aussi défigurées que Phuket.

    Je travaille pour une agence de voyage au Vietnam et souhaitait me mettre en relation avec vous pour vous proposer un voyage au Vietnam mais je crois que je vais en rester là.

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    • Nath

      Bonsoir,
      Tout d’abord merci de votre commentaire. Je suis partie à Phuket une année où j’avais besoin de me reposer : j’ai beaucoup aimé le cadre, moins le fait que ce soit défiguré comme je l’écris dans mon article (maintenant je peux comprendre que la destination séduise : tout dépend ce que l’on cherche). Ma « colère » dans cet article est surtout lie au fait que la Nature soit abîmée car j’aime les endroits sauvages, la faune, les paysages…
      Quant à l’autre article, je suis allée le relire en découvrant votre commentaire. Que dire… Vous avez raison, dans cet article je n’ai pas du tout mis l’accent sur le fait que ces destinations (aussi magiques qu’elles pouvaient être avant…) ont elle aussi été transformées par le tourisme… Merci de m’avoir alertée sur cette incohérence. Du coup, j’ai décidé de retirer cet article de mon blog car comme vous le dites, il décrit une réalité façon magazine de voyage, réalité erronée.

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