La poignée de dollars, sésame ouvrant la porte du village Masaï

Au cours de mon voyage en Tanzanie, mes compagnons de voyage, souhaitaient découvrir le mode de vie, la culture et les moeurs des Masaïs autant que la vie sauvage. Ils demandèrent donc à notre guide s’il était possible de visiter un village Masaï.

Notre guide, Efata, avait à coeur de satisfaire nos souhaits. Il nous proposa donc, après les 6 heures passées dans le cratère du Ngorongoro, d’aller découvrir « l’antre » d’une tribu Masaï.

Portrait d'une MasaïComme nous étions quand même 6, on vota pour décider du programme de cette fin d’après-midi…
Je fis partie des 2 récalcitrants à l’idée d’aller dans ce village Masaï qu’on apercevait au loin… Je ne sais pas pourquoi mais je ne le sentais pas… Néanmoins, il m’a bien fallu me ranger à l’avis de la majorité…

Déjà, quand notre guide, après avoir parlementé avec celui qui devait être le chef du village, est revenu nous donner le tarif du droit d’entrée par personne, mon envie de retourner au royaume des animaux sauvages a fortement augmenté, non pas parce que je suis près de mes sous mais parce que mon mauvais pressentiment quant à ce village s’est confirmé d’entrée de jeu… J’allais pénétrer, contre mon gré, dans l’arène d’un cirque pour touristes assoiffés d’exotisme et d’authenticité…

Je serais même bien restée dans le véhicule mais je ne voulais pas non plus passer pour une rabat-joie auprès du groupe…

 

La folklorisation, théâtre de la marchandisation culturelle

Une fois que nous nous sommes acquittés du droit d’entrée, les Masaïs apparaissent comme par enchantement devant l’enceinte de leur village et exécutent, en guise d’accueil, une danse traditionnelle.

Danse traditionnelle Masaï

 

Là où cela se corse, c’est lorsqu’ils viennent chercher deux de mes compagnons de voyage pour danser avec eux… Au secours, pourvu qu’ils ne me prennent pas pour cible… J’ai envie de fuir, je n’ai pas, mais alors pas du tout envie de participer à cette mascarade, à ce mime grotesque d’authenticité… Je me sens prise au piège et j’ai la désagréable impression que cela ne fait que commencer si j’en juge par l’attitude hostile des enfants à notre égard…

Je me sens comme une idiote consentante du tourisme de masse…

Masaïs

 

A l’intérieur le show continue !…

Enfin les danses d’accueil prennent fin ! Non pas que je n’apprécie pas la culture et les rites Masaï, bien au contraire, mais là, le Dieu Dollar étant passé par là, les traditions locales n’ont plus d’authentique que le nom… Oh bien sûr, je ne blâme pas les Masaï car je pense que c’est nous qui, en créant la demande, cautionnons la folklorisation de leur culture…

Enfant Masaï

 

Nous pénétrons donc dans l’arène l’enceinte du village. Le soi-disant chef du village ne nous lâche pas d’une semelle, il théâtralise beaucoup trop les conditions de vie des Masaïs à mon goût, il joue et surjoue sur la corde sensible… Il est certain qu’il attend de nous qu’on remette la main au porte-monnaie…

Attention, encore une fois, je n’ai pas dit que les Masaïs n’étaient pas pauvres, ce que je dis c’est que le chef du business village maîtrise sans aucun doute quelques stratégies marketing bien rôdées…

On nous laisse à peine découvrir les maisons, le chef ne nous laissant pas une minute de répit : apparemment il a une idée très précise de là où il veut nous emmener et bâcle la visite en débitant son discours. Lorsque nous avions acquitté notre droit d’entrée, il nous avait dit qu’on pouvait prendre toutes les photos qu’on souhaitait : mes compagnons de voyage n’hésitent pas mais moi, je me sens très mal à l’aise et je vois bien les réticences des Masaï lorsqu’il se retrouvent dans nos objectifs…

Maison Masaï

 

Je tire quelques photos… Mais j’ai finalement honte car j’ai cette horrible sensation de me livrer à un voyeurisme de très mauvais goût : la pauvreté des Masaï devient le clou du spectacle au même titre que leur culture…
Dans ma tête tout se bouscule… Je me demande à qui profite ce spectacle ? Qui tire les ficelles ? Qui se remplit les poches sur le compte de touristes de Panurge ?…

… Jusqu’à l’apothéose finale !

Le soi-disant chef nous mène au centre de l’arène pour découvrir… des stands d’artisanat réalisé par les femmes du village… En cherchant à nous attendrir et à nous culpabiliser, il nous explique les raisons pour lesquelles il faut acheter serait sympa d’acheter quelque chose. Il se fait pressant, limite désagréable… Certains de mes compagnons achètent un bracelet, presque contraints et forcés. je me refuse à cautionner davantage cette découverte artificialisée  de culture Masaï qui n’a que trop duré…

Regard hostile

 

Le chef nous fait comprend qu’on n’a pas acheté assez… S’il était mielleux au départ, il devient désagréable, probablement obsédé par l’idée de nous extorquer une poignée de dollars en plus…

Je n’ai jamais été aussi contente de sortir de cet attrape-touristes… Sitôt remontée dans le véhicule je pousse un grand OUF de soulagement… Je viens d’être à la fois actrice, spectatrice, coupable et victime des méfaits du tourisme de Panurge… Et je ne suis pas du tout à l’aise dans mes baskets de m’être laissée ainsi entraîner… J’aurais dû rester dans le véhicule, quitte à passer pour une rabat-joie, ma conscience s’en serait bien mieux portée !

Le pire, c’est qu’à tous les coups, ce village a certainement été créé de toutes pièces, comme le chapiteau d’un crique dans lequel les Masaïs auraient été plus ou moins contraints de jouer leur propre rôle…

En tout cas, je jure qu’on ne m’y reprendra pas de sitôt ! Si je revendique le fait d’être une voyageuse, je déteste avoir l’étiquette de touriste collée sur mon front…

Habitantes Masaïs du village

A propos de l'auteur

Salut, moi, c’est Nath’, je suis une intermittente du voyage, chasseuse d’images addict aux grands espaces et à la faune sauvage. ICI je vous emmène AILLEURS pour rêver, farnienter, lézarder, barouder à la rencontre de notre monde, vous venez ?

13 Réponses

  1. LadyMilonguera

    Je comprends tout à fait ton malaise et ta profonde déception quant à cette pseudo-découverte… C’est tout à fait le genre de truc qui m’horripile !!!

    Répondre
  2. Sylvie

    Malheureusement, ce type d’attrape touristes existe dans tous les pays du monde ! Souvent réservé aux cars de touristes (voyageurs pressés)… Mais on peut s’y laisser prendre en voyageur solo. J’ai eu une expérience un peu équivalente au Vietnam…ce n’est pas un bon souvenir.

    Répondre
  3. Lily@AilleursSurTerre

    Je découvre ton article par le biais de VDN. J’ai vécu la même chose au Pérou, au cours de la seule excursion organisée que j’ai réalisé en 7 mois… mal m’en a pris! J’ai décidé de ne pas sortir de la voiture mais ai assisté de loin à ce cirque immonde et j’en ai eu la nausée… 🙁

    Répondre
    • Nath

      Cela me rassure ce que tu me racontes là car lorsque je dis cela on me regarde comme si j’étais folle ou désabusée…

      Répondre
  4. Jonathan de voyagecast

    Salut !
    Très intéressant ton récit, mais je pense que le fait que tu te soies rendue compte est vraiment l’important, pense à tous ces gens qui y vont en étant certain d’y voir quelque chose d’authentique ! Se remettre en question, c’est déjà un premier pas important, et je suis certain que ton billet pourra aider d’autres personnes à s’interroger sur le sujet.
    Et puis, tu l’explique bien, on peut se faire avoir facilement !
    En tout cas, merci de nous faire partager ton expérience, je vais en profiter pour explorer un peu ton blog, je ne le connaissais pas !

    Répondre
  5. yannick

    Perso j’étais contre cette visite. Téléphoné comme résultat.
    Ma compagne moins au fait de l’Afrique (tourisme) insista. Moins pathétique que votre expérience, mais globalement semblable.

    Par contre le hasard fit que nous retournâmes, accompagnant un autre couple, au village. De revenir et seulement à quatre, autre expérience. Plus naturelle, sincère, plus d’échanges.

    Répondre
    • Nath

      Bonsoir Yannick,
      Effectivement je pense que pour mieux rencontrer les locaux, quel que soit le pays, mieux vaut ne ps être en « troupeau de touristes », cela fausse les rapports !

      Répondre
  6. lammari

    Bonjour,

    nous sommes cinq étudiants en école de commerce à Toulouse Business School http://www.tbs-education.fr/fr/formations/grande-ecole. Dans le cadre de nos études nous tentons de monter un projet humanitaire en Tanzanie. Celui-ci consisterait à acheminer un nouveau procédé lifestraw, une paille qui permet, grâce à un filtre d’iode et de charbon, de purifier à 99,99 % l’eau de toutes bactéries et parasites , avec une capacité d’ environ 700 litres d’eau, soit la consommation moyenne d’une personne durant 1 an.
    De nombreuses structures nous ont déjà apporté leur soutien, notamment dans le cadre du concours national challenges citoyens CGI (http://www.challenges-citoyens-cgi.com/site/votes_2015.html).
    Pour concrétiser ce beau projet il nous faudrait une mise en contact avec un village qui a besoin de cette aide . C’est dans ce but que nous vous contactons, vous qui êtes implantés sur le terrain, pour savoir si vous pouviez nous mettre en relation avec un tel village.
    Merci de votre aide

    Cordialement

    Répondre
    • Nath

      Bonjour,
      Votre projet est super, belle initiative !
      J’aimerais bien vous aider mais je suis blogueuse et je ne suis nullement sur le terrain (même si j’aimerais bien) au contact de villages ou de personnes susceptibles de vous aider. Je suis désolée…

      Répondre
  7. Eloïse

    Je comprends tout à fait ton point de vue et le partage. C’est le genre de situation qui m’aurait mise mal à l’aise. En tout cas c’est très bien d’avoir écrit un article à ce sujet, en espérant que cela puisse éclairer certaines personnes.

    Répondre

Laissez un p'tit mot !

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Cochez cette case pour indiquer votre dernier article.