Il y a un virus très inquiétant qui se propage à l’heure actuelle, touchant des hommes, des femmes, des retraités, des adolescents, des extravertis, des introvertis, des cadres, des employés, des entrepreneurs, des solitaires, des couples et des familles tout entières… sans aucune distinction d’âge, de sexe ou de milieu social… C’est le virus du voyage !
Ils sont nombreux ceux qui se découvrent un jour fait pour le voyage et en deviennent accro au point de vivre une vie de voyages.

Mais peut-on éternellement vivre de voyages et d’escapades fraîches ? Bien sûr, ceux qui ont l’ADN du voyage qui coule dans leurs veines me diront OUI sans la moindre hésitation. Mais en tant qu’intermittente du voyage et bien qu’amoureuse de l’ailleurs, je me demande s’il est possible d’être toujours par monts et par vaux sans réel port d’attache…

vie de voyages

Vouloir vivre de voyages éternellement : une illusion !

Il fut un temps pas si lointain où je me disais qu’un jour prochain, je vendrais tout pour que ma vie tienne dans un sac à dos : je voulais signer un CDI de voyageuse. Aujourd’hui, bien qu’aimant toujours partir voyager durant mes congés, j’ai pris conscience que vouloir vivre de voyages n’était guère possible… Pourquoi ?

réflexion CDI voyageuse

Le mouvement perpétuel, cela n’a qu’un temps

Vivre de voyages signifie aller d’un endroit à un autre, être sur les routes en permanence. Alors bien sûr, sur quelques mois, 1 an ou 2 ans pour les plus accros au voyage, c’est gérable, mais toute une vie…

D’ailleurs, ce n’est pas pour rien si les voyageurs au long cours éprouvent le besoin au cours de leur voyage de « ralentir le mouvement » et de se poser quelques semaines, voire un mois dans un endroit qu’ils aiment.
Pourquoi ? Tout simplement parce que le mouvement perpétuel empêche de se créer des petites habitudes. Oh, pas le genre de routine mortellement ennuyeuse mais juste ces bonnes petites habitudes repères qui sont comme une sorte de rituel plaisir et un cadre sur lequel se reposer. Parce qu’une habitude est quelque chose qu’on a déjà fait au moins une fois : il n’y a donc plus cet effort de la première fois à fournir, cette nécessité de faire fonctionner intelligence, volonté ou instinct.
Ni réflexion ni lutte, juste une impression sécurisante, un sentiment de bénéfice pour soi.

voyage et mouvement

Le besoin terriblement humain d’un cadre de vie sécurisant

Pour vivre de voyages, il faut accepter de ne pas pouvoir s’enraciner, d’être en permanence en transit, ce qui a en soi quelque chose d’épuisant à la longue.

Perso, après un voyage de plusieurs semaines, j’apprécie de retrouver mon chez-moi, mes amis (je parle bien d’amis, pas de connaissances kleenex), ce cadre de vie que je me suis construit et qui me sécurise. Bien sûr, j’apprécie de sortir de ma zone de confort, de m’aventurer hors de mon territoire repère mais j’apprécie tout autant de retrouver ce cadre de vie pérenne : il participe à mon évolution autant qu’un voyage. Un peu comme un arbre, je ressens ce besoin vital de m’enraciner quelque part, ce qui n’est guère compatible avec une vie de voyages.

enracinement

Un temps pour les voyages, un temps pour construire une vie de famille

On peut tout à fait avoir un moment de sa vie totalement dédié au voyage, à être sur les routes, à aller de destination en destination, mais à un moment ou à un autre, on éprouvera nécessairement le besoin de « construire quelque chose » : une vie de couple, une vie de famille qui nécessite de se poser durablement à un endroit.

On ne peut objectivement guère espérer construire une relation durable en vivant au jour le jour, en allant d’un endroit à un autre, parce qu’un couple, s’il a besoin de « piment » pour durer, a aussi besoin d’une certaine forme de stabilité, d’un cocon. Quant à la construction d’une famille, idem, cela nécessite d’avoir un cadre stable tisseur de liens intra-familiaux, vecteur d’échanges entre parents et enfants.
Oui, les voyages enrichissent chacun, mais la famille aura toujours besoin d’enracinement…

vie de voyages vie de famille

Qui peut vivre éternellement de voyages ?

Les intermittents du voyage comme moi acceptent ce besoin vital d’un « chez soi » et c’est l’une des raisons pour laquelle, même s’ils rêvent d’un voyage au long cours, ils ne le font pas. Ce n’est pas, contrairement à ce qu’on lit, la peur de tout quitter qui les retient, mais l’envie de préserver ce cadre de vie qu’ils se sont construit.
Même les voyageurs au long cours, quels que soient la génération et le milieu social, finissent un jour où l’autre, soit par « rentrer au pays » soit par s’installer dans un endroit où ils se sont plu. Parce que le besoin d’enracinement est tout simplement humain.

voyageur éternel

Les nomades purs, ad vitam eternam, font donc figure d’exception car ce n’est pas donné à tout le monde de choisir une vie de voyages. Ils existent mais ils sont rares.

Il y a les nomades solitaires, ceux qui sont allergiques à l’enracinement et qui ne sont heureux que dans le mouvement. Ceux-là sont malheureux quand ils rentrent au pays : sitôt rentrés, ils sont comme anesthésiés et ne rêvent que de repartir. Et d’ailleurs ils finissent par partir pour ne plus jamais rentrer. Non, ils n’ont pas oublié de grandir, ils savent juste que le modèle et le moule imposés par notre société n’est pas fait pour eux. Ils ont fait un choix de vie en accord avec eux-mêmes, choix de vie que certains admireront et que d’autres critiqueront… Peu leur importe ils savent qu’ils ne peuvent que vivre de voyages.

vivre de voyages voyageur solitaire

Il y a aussi les familles nomades qui ont pris un aller sans retour pour vivre à fond leur vie de famille. Les parents sont nécessairement tous les 2 des voyageurs dans l’âme et dans le cœur (sinon le couple ne pourrait pas fonctionner). Ils ont nourri leurs enfants de saveurs lointaines et construisent leur bonheur de grandir ensemble sur les routes. Parce que pour eux, la société telle qu’elle est, ne permet pas de voir grandir ses enfants, d’en profiter comme ils le souhaitent… Leur cadre de vie commun ? Un camping car ou un joyeux fourgon aménagé pour que chacun ait ses repères dans le mouvement de leur vie nomade.

vie nomade de famille qui voyage

Sans oublier les aventuriers, ceux qui se nourrissent d’extraordinaire et d’extrême et qui ne sont heureux que dans l’effort, dans la sensation de repousser leurs limites. Offrez-leur une vie avec des soirées dans un canapé et ils se meurent…

Mais je ne pense pas que ceux qui peuvent vivre de voyages à vie sont nombreux… Je me trompe ?

À mon sens, même les plus nomades dans l’âme éprouvent un jour où l’autre le besoin de se poser quelque part. Pour la majorité d’entre nous, le voyage est fait d’aller-retour, parce qu’au fond, nous savons que l’herbe n’est pas toujours plus verte ailleurs. Vivre de voyages, un joli fantasme… qui, pour moi, doit rester fantasme pour ne pas perdre de son aura… et pour qu’on puisse continuer à passer des soirées à préparer le prochain voyage ! 😉

Mais et vous, seriez-vous prêt à vivre de voyages à vie ?

herbe pas plus verte ailleurs

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