Tu es à Paris. Tu as déjà écumé les spots emblématiques du street art : le fameux Spot 13, le Lavomatik, la Butte aux Cailles, le boulevard Vincent Auriol et ses alentours, le quartier de Belleville et autres lieux pépites que les amateurs de street art aiment dénicher. Mais comme moi, tu as encore faim de murs colorés aux bombes, d’œuvres monumentales du muralisme et de pochoirs bluffants ? Ni une ni deux, mets le cap sur Cergy-Pontoise. Ok, c’est pas la ville qui te vient immédiatement à l’esprit d’un point de vue touristique. Pourtant, fais-moi confiance, c’est une ville incontournable du street art en Île-de-France et LE musée à ciel ouvert du Val-d’Oise (95) ! Pourquoi ? Parce que le festival Caps Attack organisé par le collectif Art Osons, dont la 5ème édition a eu lieu en 2025, se charge de laisser les murs (et les artistes) s’exprimer ! Bonne nouvelle : c’est accessible en RER A, donc même pas besoin de voiture ! Allez, je fais le guide et je te dis où voir du street art à Cergy ! Les 3 pôles majeurs à explorer entre le Grand Centre et Saint-Christophe Pour l’aspect purement logistique de la balade, ce qui est génial à Cergy, c’est qu’on n’est pas dans une “chasse au trésor” épuisante où il faut fouiller chaque recoin de la ville pour débusquer une œuvre. Non ici, le street art a ses quartiers généraux ! Les fresques se regroupent par “pôles” ultra denses : le Grand Centre (Préfecture et centre commercial 3 Fontaines).le quartier Saint-Christophe (quartier Axe Majeur – Horloge).et entre les 2, la zone artisanale Francis Combe Bon à savoir : si les œuvres sont concentrées, les pôles, eux, sont distants. Moi j’adore marcher car c’est le meilleur moyen de découvrir une ville, mais sache qu’entre la Préfecture et l’Horloge, il y a environ 5 km. Le parcours street art ici est tout ce qu’il y a de plus simple. Je suis descendue à la gare RER A Cergy Préfecture. Ensuite, j’ai suivi tout le boulevard de l’Oise pour aller dans le quartier de l’Horloge, avec un “stop” au passage à la cité artisanale Francis Combe. Avant de reprendre le RER A en gare de Cergy Saint-Christophe pour un retour dans la capitale. Bien sûr tu peux aussi le faire en sens inverse. Si les 5 km à pied, c’est trop pour toi, prends un bus d’un pôle à l’autre ou le RER A, mais dans ce cas tu rateras les œuvres de la cité artisanale Francis Combe. Avant de commencer, je ne résiste pas à l’envie de glisser ici une première œuvre réalisée lors de la dernière édition de Caps Attack en 2025. Elle illustre joliment les gens, la mixité… et elle est signée Mr.Difuz. Elle est où ? Boulevard de l’Oise, au niveau de l’arrêt de bus Martelet et du gymnase de Gency. Le Grand Centre : l’art de la dalle entre préfecture et centre commercial 3 Fontaines Soyons honnêtes, à la sortie du RER, c’est un choc visuel… Mais pas lié au street art ! C’est d’abord le béton qui saute aux yeux. On débarque en plein cœur de la Ville Nouvelle, un projet audacieux des années 70 conçu à l’époque pour désengorger Paris. Oui, on est d’accord : aujourd’hui, on ne qualifierait plus d’audacieux cet ensemble sur dalle à l’architecture brutaliste. Mais, une fois “la dalle” apprivoisée, j’ai eu un vrai plaisir à arpenter ces structures massives. Il faut lever les yeux, regarder chaque recoin, s’aventurer dans les escaliers et contourner une structure pour dénicher de petites pépites d’art urbain. Et ça, vraiment j’adore ! Quelques indices pour faire le plein : centre commercial 3 Fontaines, ENSEA, Peintinoire… Mes trouvailles ? Les voici ! « Faire des enfants forts » : l’hommage monumental de Corentin Spear En sortant du RER, tu les verras forcément de loin vu leur taille gigantesque. Réalisées lors de la 5ème édition de Caps Attack en 2025, les 2 œuvres de l’artiste Corentin Spear habillent l’angle d’une bâtiment sur toute sa hauteur, juste à côté de la Préfecture. Dans un style s’apparentant aux toiles de Grands Maîtres, ça parle de modèle, d’éducation, de résilience… C’est puissant. Ça ne laisse pas indifférent. « Le Langage des Singes » de Kalouf : quand la nature reprend ses droits En sortant par l’entrée Escapade du centre commercial 3 Fontaines, on tombe nez à nez avec une scène façon jungle urbaine dont le graffeur Kalouf a le secret. Réalisée lors de l’édition 2023 de Caps Attack, elle interpelle par son réalisme bluffant. La façon dont les 3 primates nous observent est… comment dire ? Bouleversante… Mais je ne vous apprendrai rien en vous disant que Kalouf est maître dans l’art d’intégrer les animaux dans l’espace urbain. Si c’est un rappel fort de la fragilité de la biodiversité, cette œuvre illustre aussi à merveille l’idée de « réenchanter » la dalle. On n’est plus face à un mur, mais devant une porte ouverte sur la vie sauvage. “Clin d’ailes” : l’envolée azur de Fio Silva Au premier abord, les murs en briques rouges du centre commercial 3 Fontaines peuvent sembler être un support difficile, mais les street artistes s’en sont brillamment affranchis. La preuve avec cet aigle signé Fio Silva, artiste argentine invitée à l’édition 2022 de Caps Attack. Le mouvement dans les ailes du rapace semble donner encore plus de force à la liberté qu’il incarne. Pour mieux l’admirer, n’hésite pas à prendre du recul et à descendre d’un étage : cela permet d’avoir une vue globale sur cette immense paroi qui fait face à la CPAM. Tu verras, les artistes Gamo, Jeroo, Mister Copy, Katset, Norione ou encore Horor s’y sont aussi exprimés ! Le petit bémol ? Ne cherche plus “Queen Bee”. L’œuvre d’Aero, élue plus belle fresque de France en 2019, n’existe plus car le mur a été démoli. Un bon prétexte pour ré-inviter l’artiste lors d’une prochaine édition de Caps Attack, non ? Totale immersion dans le tunnel du boulevard de l’Oise Avant de quitter le quartier de la Préfecture, emprunte le tunnel du boulevard de l’Oise, aussi appelé le tunnel du RER car il passe sous la dalle de la gare Cergy-Préfecture. Il regorge de fresques variées de street art ! En voici un petit aperçu ci-dessous avec dans l’ordre les réalisations de Sock, Hektor et Sitou Matt, Kesadi, 2Li, Lask, Le Mec Blasé, Elips, Horor, Lopsix et Ydozoneye, Enoraone et 5inck. La zone artisanale Francis Combe : la cité des couleurs… un peu passées Après le gigantisme de la dalle, on change d’échelle et… d’ambiance. En suivant le boulevard de l’Oise, on arrive à la zone artisanale Francis Combe. Note qu’en étant à pied, ça laisse le plaisir de tomber sur 2 fresques format paysage vraiment canon, également réalisées dans le cadre du festival. Elles sont boulevard de l’Oise, sous le pont de l’avenue des 3 Fontaines. “Samouraï girls” d’Ona x Manz x Asem Ici, sur ce mur tout en looooooongueur, on est sur une fresque magistrale aux airs de shōnen. J’avoue, je suis toujours fascinée par les œuvres collaboratives lorsque la fusion des styles semble naturelle. Et là, avec ces guerrières au regard acéré, accompagnées de leur fidèle kitsune katana au poing, la magie opère. Il se dégage de cette scène une énergie incroyable, comme si on était projeté dans un film de combat japonais. C’est le genre d’œuvre devant laquelle je reste de longues minutes pour essayer de comprendre où s’arrête le travail de l’un et où commence celui de l’autre. “Pink and UV shoot” d’Arsek et Erase Face à la fresque collaborative d’Ona x Manz x Asem, celle du duo bulgare Arsek & Erase. C’est coloré, c’est un shoot ultra-frais de bonne humeur et une belle illustration du surréalisme ! « La Casah cartoonesque » d’Abys L’une des pièces maîtresses de la zone artisanale, c’est la fresque d’Abys. Étant fan de cartoons, forcément l’univers de ce street artiste me file direct le smile ! Son style est vraiment unique, un brin loufoque, avec un rendu ultra-léché que j’adore. C’est fun, inventif, ça grouille de détails… Le mur semble carrément nous raconter une histoire ! À noter (pour t’éviter toute déconvenue) : il y a d’autres belles œuvres ici mais je dois t’avouer ma petite frustration. Par exemple, l’œuvre de Doudou Style est actuellement masquée par un échafaudage. J’ai eu beau enjamber, me contorsionner, rien à faire : impossible de voir le panda fétiche de l’artiste. De même, la fresque de Stom500 a bien vécu, tout comme celle d’Acid Collapse. C’est hélas le propre du street art : une beauté éphémère. Le quartier Axe Majeur – Horloge On finit par voir le bout de ce boulevard de l’Oise ! Enfin pas tout à fait le bout puisque juste avant on s’enfile dans les rues bordant la gare RER Cergy Saint-Christophe, et en particulier avenue du jour : site du collectif La Lanterne (qui abrite différentes associations partenaires, dont Art Osons), piscine et gymnase de l’Axe majeur, skatepark… Ici, le street art prend de multiples dimensions : il est politique, social, écologique, mais surtout puissant, profond et engagé. C’est parti pour une short sélection qui va te donner envie d’aller sur place ! Parce qu’il y a beaucoup plus à voir 😉 “Regard de femme” par Anna Conda On commence fort avec un portrait d’une finesse absolue. La connexion entre l’humanité et la nature opère de façon magique : c’est la patte de l’artiste. J’ai eu un coup de cœur pour la profondeur touchante dans le regard de cette femme… une œuvre d’une grande douceur. “Le mur de la biodiversité” : Sintez x Biale x Norione Encore une collaboration qui fait opérer la magie ! Le trio historique du collectif Art Osons a créé ici un véritable écosystème urbain. On y déniche un caméléon full color, un oiseau de lumière, un papillon délicat et un renard au regard presque humain, le tout dans une verdure luxuriante. C’est la preuve que même au cœur du béton, la nature peut reprendre ses droits ! 😉 “Immersion SF” avec le TSF Crew Juste à côté, changement de décor : on quitte Cergy pour une planète lointaine. Signée par le TSF Crew, cette œuvre est un chef-d’œuvre de science-fiction narrative. Le niveau de détail est hallucinant : les reflets sur la visière, les câbles, les silhouettes sur le tarmac… On n’est plus face à un mur, on est devant un écran de cinéma. “La leçon d’espoir” de Taqi Spateen Ou la poésie venue de Palestine… Cergy héberge deux fresques puissantes de cet artiste que j’ai découvert avec émotion. Sur la première réalisée lors de l’édition 2021 de Caps Attack, deux enfants soignent des marguerites géantes avec des bandages et du ruban adhésif. Le message écrit à la main est bouleversant : « L’espoir est que tout est réparable, même les cœurs ! ». Un moment de pure poésie qui illumine tout le quartier. “Résistance : le nid de la paix” par Taqi Spateen Voici le second bijou. Né à Bethléem, l’artiste sait mieux que personne que l’art est une forme de résistance. En peignant ces oiseaux qui transforment des instruments de mort en nids douillets, il nous délivre une leçon de courage : résister, c’est aussi refuser que le beau disparaisse sous le béton ou la guerre. Pourquoi Cergy est devenu un lieu incontournable du street art en Île-de-France ? Tu ne le sais pas, mais des murs de street art, je commence à en avoir vu pas mal. Mais Cergy, c’est différent. Ce qui m’a frappée ici, ce n’est pas juste la qualité des fresques, c’est l’engagement local. On sent que ce n’est pas juste là pour faire joli, il y a un véritable projet de territoire porté par des passionnés. D’ailleurs c’est grâce au travail titanesque d’associations comme Art Osons que Cergy n’est pas « grise » mais vibrante. Ils ont réussi le pari de transformer des quartiers en lieux d’expression majeurs. L’énergie du Festival Caps Attack est palpable. On sent que cet événement laisse une empreinte à la fois joyeuse et revendicatrice. D’ailleurs j’aimerais trop assister en live à la prochaine édition… Sûrement en juillet 2027 ! Et en espérant que la Peintinoire se transforme de nouveau en musée éphémère d’art mural pour l’événement… Pour ne pas passer à côté des prochaines pépites, je me note : Consulter régulièrement le site de l’office du tourisme de Cergy-Pontoise.Suivre de près les comptes Instagram @art.osons et @capsattackfestival. Les artistes qui font le mur à Cergy Alors, prêt(e) à troquer les rues de Paris pour une immersion urbaine en plein cœur du 95 ? Ils sont street-artistes cergy-pontains, ambassadeurs de l’art urbain en Val-d’Oise ou créatifs venus des quatre coins du monde. Peintres, illustrateurs, tatoueurs, pochoiristes ou aficionados du spray… si chacun possède sa « patte », tous sont passés au moins une fois par Cergy pour faire parler les murs ! Pour un amateur de street art, c’est un plaisir sans cesse renouvelé de reconnaître un style familier ou, au contraire, de se laisser surprendre par de nouveaux talents. À Cergy, le parcours est riche et évolue sans cesse. Voici quelques-unes des signatures croisées lors de mon exploration urbaine. Une liste forcément non exhaustive, tant la ville regorge de pépites. Je te laisse explorer leur univers et/ou les suivre. 2Li @2li_leinaEnora @enoraoneDifuz @mr.difuzLe Mec Blasé @lemecblaseManz @_mr.manz_Corentin Spear @spear_paintingsSitou Matt @sitoumattSock @sock.wildsketchKalouf @kaloufartHoror @boreal_hororMister Copy @mister_copyÉlips @e.l.i.p.sAbys @abys_osmozAnna Conda @anna.conda.artTaqi Spateen @taqi_spateen (j’avoue, c’est mon coup de cœur découverte)Stom500 @stom500Doudou Style @doudoustyleart Aéro @creaero@artistedontjaipasciteleblazemaisquiaimeraitetreajouteici Je suis curieuse, est-ce qu’il y a des œuvres que tu aimerais voir « en vrai » ? Est-ce que comme moi tu adorerais assister aux sessions de live painting lors de la prochaine édition du festival ? N’hésite pas à partager tes impressions ou tes propres découvertes en commentaire. En attendant, je te dis à bientôt pour d’autres murs qui régalent ! Laisser un commentaire Annuler la réponseVotre adresse e-mail ne sera pas publiée.CommentaireNom* Email* Site Web Enregistrer mon nom, mon e-mail et mon site web dans le navigateur pour mon prochain commentaire.