Le street art à Roubaix, c’est un peu comme le street art à Cergy… Pas du tout une évidence de prime abord…
Je comprends que tu n’imagines pas cette ville de la métropole lilloise en Mecque du street art, tant elle traîne de clichés. Et tu le sais, les clichés ont la dent sacrément dure ! En vrac : « ça craint », « zone de non-droit », « précarité »…
Bref, à écouter les médias (et tous ceux qui, pour la plupart, n’ont jamais mis un pied dans la ville), Roubaix n’est pas l’endroit où tu as spécialement envie d’aller te balader.
Alors oui, y a sûrement une part de vrai là-dedans, un peu de peur excessive aussi, mais disons que Roubaix, c’est pas que ça. C’est aussi et surtout une ville qui transforme ses friches en musées et ses cicatrices en fresques. Ici, le street art n’est pas là juste pour faire joli : il est là pour faire sens. Pour réparer, pour rendre fiers les habitants, pour revaloriser le territoire.
Aujourd’hui, grâce notamment au festival des cultures urbaines URBX, Roubaix est devenue une destination street art aussi inattendue qu’incontournable. Et crois-moi ce serait dommage de la boycotter car ses murs vont vraiment t’en faire voir de toutes les couleurs 😉 Mais le mieux, c’est que je te montre. Allez, on y va !

Carnet pratique : par où commencer ta balade street art à Roubaix ?
Sache-le : tous les moyens mènent à la case départ. Pas besoin de chercher pendant des heures, le point zéro du parcours street art roubaisien se situe parking de la Gare. Et c’est même THE spot incontournable !
- Tu viens en voiture ? Gare-toi directement au parking de la gare. Tu y es.
- Tu arrives en train ? Sors de la gare, traverse la place. Tu y es.
- Tu es en métro ou en tram ? Descends à la station « Gare Jean Lebas ». Tu y es.
Le projet « Dép’Art Urbain », comme l’a baptisé la ville, a transformé ce parking en une galerie à ciel ouvert (enfin, sous béton). Bon ok, y a plus glamour qu’une balade dans un parking mais crois-moi, tu vas en prendre plein les yeux !
Mon conseil : Si t’as peu de temps devant toi ou si ta santé ne te permet pas de trop marcher, le parking de la Gare, c’est le vrai bon plan street art de la métropole lilloise. À aucun autre endroit tu ne trouveras un tel concentré d’œuvres.
Le parking de la Gare : hall of fame du street art roubaisien
Maintenant, on entre dans le vif du sujet. Ce parking en silo, ce n’est plus un simple lieu de stationnement. C’est devenu le vaisseau amiral du graff à Roubaix puisqu’à chaque édition du festival URBX, de nouvelles œuvres font leur apparition. À ce jour, une quarantaine d’artistes et autant d’œuvres ont effacé la grise mine du béton du parking, et ça envoie du lourd !
Des fresques, il y en a partout :
- à la sortie des ascenseurs
- dans les couloirs
- dans les coursives
- sur les murs de séparation entre les places de stationnement
- et ce, à chaque étage, jusqu’au rooftop. Sans oublier l’extérieur !
Ce qui est fascinant ici, c’est le choc des styles. Mais rien d’étonnant puisque sont intervenus des artistes locaux et internationaux. Et c’est ce joyeux mélange entre la crème du talent nordiste et des pointures venues d’ailleurs qui fait de ce parking un véritable carrefour cosmopolite.
Fous du spray, dégaineurs de punchlines bien senties, magiciens de la découpe, manieurs d’ironie, experts en uppercuts textuels et poètes urbains font le show à tous les niveaux.
Niveau 1 : l’entrée en matière
Le voyage commence et on est tout de suite dans le bain avec :
- l’ange chérubin frondeur qui s’en prend à la caméra de surveillance de Oak Oak, artiste excellant dans l’art de détourner les éléments urbains
- l’élégance et l’ironie de la (très) regrettée Miss.Tic avec son iconique « Permis d’éconduire »
- le portrait d’Auguste Rodin par le graffeur australien Jimmy C
- la nageuse un brin onirique de Noarnito
- le personnage malicieux de Kekli ajoutant une dose de fun et de couleurs
- le timbre féministe de Carole B. représentant Simone Veil

Et dire que ce n’est que la mise en bouche… Je monte voir ce que le Niveau 2 me réserve. Spoiler : le béton n’a pas fini de te raconter des histoires.
Niveaux intermédiaires : show devant !
Une fois le rez-de-chaussée quitté, le parking devient un véritable terrain de chasse aux pépites. Au détour d’un pilier, d’une rampe, dans les escaliers… Le béton s’anime de manière inattendue. J’explore chaque recoin, histoire de ne rien manquer.
Voilà une sélection des pépites que tu vas pouvoir dénicher aux différents niveaux du parking avec dans l’ordre des photos ci-dessous :
- « Inès Duality » de l’artiste peintre et graffeur Antoine Stevens, réalisée en 2024 dans le cadre de l’Urbx festival
- le tableau en trompe-l’œil du portraitiste Kelu Abstract, réalisé en 2021
- « La vie est belle quand tu t’en mêles » ou l’art de manier les mots avec un brin d’impertinence de Petite Poissone
- le portrait signé Gregos constitué de répliques en 3D de son visage, réalisé en 2021
- les souris voyageuses, « marque de fabrique » de l’artiste Twopy
- les pandas réconfortants signés de l’artiste Doudou Style en 2021
- l’allégorie à la nature de l’artiste engagé RNST, fresque qui questionne notre futur, l’écologie, notre rapport à la nature.
Regarde cette femme au visage juvénile dont les cheveux se prolongent en arbre et qui se protége d’un incendie… - le dilemme entre self control et pulsion libératrice signé Petite Poissone
- encore une punchline de Petite Poissone, critique aussi pertinente qu’impertinente de notre société moderne (ses mots se croquent sans fin)
- quand l’élégance « calligraffitique » de l’artiste Cofee s’étend du sol au plafond
- la parodie de la banane scotchée de Maurizio Cattelan signée Toc Toc en 2021
- les souris globe-trotteuses de Twopy, un étage plus haut
- les adorables personnages de l’artiste lillois Moogli
- une critique acerbe de la société de contrôle réalisée par Djalouz
Il y a d’autres œuvres, y compris des fresques collaboratives. À découvrir sur place ! 😉



Le Rooftop : encore du lourd !
Le rooftop n’a pas été oublié, je te montre. Voici certains des street artistes que tu vas retrouver (dans l’ordre des photos ci-dessous) :
- le 50 cl crew
- Énoraone
- Zabou
- Falco
- Abys et Scaf

À l’extérieur du parking : les bonus
Ne quitte pas le parking de la gare sans jeter un œil à l’extérieur. Il y a encore quelques pochoirs et œuvres qui valent le coup d’œil :
- la bombe de Mister Blackwhite
- un portrait en noir & blanc de Kelu Abstract
- un jeu de mots de La Dactylo
- 3 pochoirs de Jef Aérosol
Rien que dans le parking, quelque 40 œuvres se partagent les murs. Ce que j’ai particulièrement aimé ? Les fresques, même les plus anciennes, sont remarquablement préservées. Ni toy, ni rides du temps qui passe…
Et si tu te poses la question de la lumière pour les photos, rassure-toi, le parking dispose d’ouvertures donc c’est pas du tout sombre !
Hep, ne pars pas comme ça, c’est pas fini ! Maintenant il est temps d’aller prendre l’air et d’arpenter le bitume roubaisien pour dénicher d’autres pépites d’art urbain !
Entre briques et bitume : où débusquer le street art à Roubaix
On ne va pas mentir, hors parking de la gare, tu ne trouveras pas d’autres spots avec une telle concentration de fresques. Les fresques sont plus éparpillées et il va falloir fouiner et marcher un peu pour traquer pochoirs discrets et murs XXL. Car oui, y a bien des œuvres monumentales à Roubaix !
Entre la gare et la piscine : le street art culte
En sortant du parking de la gare, cherche 2 œuvres majeures.
La monumentale statue de la liberté de JDL
Elle est signée JDL pour Judith de Leeuw, artiste néerlandaise. Elle mesure 15 m de haut. Elle a été réalisée en 6 jours lors du festival URBX 2025. Elle est située 52 rue du chemin de Fer. Et… elle a fait couler beaucoup d’encre à travers les médias, les réseaux sociaux et le monde.
Pourquoi un tel buzz ? Parce qu’elle ressemble à celle de New York à ce détail près : elle a le visage enfoui dans les mains… De douleur ? De honte ? Une œuvre engagée qui, tel un uppercut, questionne la liberté aujourd’hui. D’ailleurs, l’artiste elle-même a accompagné sa fresque de ces mots : « If Lady Liberty could speak today, what do you think she would say ? »
La miss Roubaix de Vinie
À deux pas de là, changement de style radical. À l’angle de l’avenue Jean Lebas et de la rue de l’Alouette, on retrouve la miss fétiche de Vinie avec son impressionnante chevelure de mots couleur locale. Elle a vu le jour lors du festival URBX 2024.
Quitte Vinie en descendant l’avenue Jean Lebas et tourne à droite pour t’enfiler dans la rue des Champs. C’est l’une des rues qui borde la Piscine. Donc c’est le moment de faire une petite parenthèse…
Minute culturelle en aparté :
Si t’es pas de ch’Nord, tu ne le sais peut-être pas mais « La Piscine » à Roubaix, c’est l’un des musées les plus originaux et les plus beaux de France. Officiellement nommé Musée d’Art et d’Industrie André Diligent, il est installé dans une ancienne piscine municipale de style Art déco.
Autant dire que c’est un bijou d’architecture autant qu’un lieu chargé d’histoire que tout amateur d’art et de lieux insolites affectionnera…
Ceci étant dit revenons, à notre rue des Champs. Ici, ne cherche pas d’œuvres XXL mais :
- l’empreinte de Mister Blackwhite
- des pochoirs de Jef Aérosol et Miss Tic



Autour du centre nautique Thalassa et du Colisée : le street art XXL
Une fois au bout de la rue des Champs, tourne à droite rue du Grand Chemin puis entre sur le parking du centre nautique Thalassa sur ta gauche. Prépare-toi à changer d’échelle, Ici, les murs de briques rouges servent de refuge à des créatures extraordinaires…
Place au bestiaire fantastique d’Abys et Scaf
Tu tomberas tout d’abord sur une course poursuite de bernard-l’hermite gladiateurs, dont l’un chevauchant une tortue prête à en découdre ! C’est du « style cartoon » poussé à un niveau de détail hallucinant et donnant presque l’impression d’être immergée dans cette scène « guerrière ». Et c’est signé Abys.
Juste à côté, ne te laisse pas surprendre par le dragon monumental de Scaf en anamorphose ! L’artiste joue avec les angles du bâtiment pour donner l’impression que la bête surgit littéralement du mur, avec un travail sur les ombres qui rend le relief presque troublant.
Vas jusqu’au bout du parking (côté rue des Arts) pour une 3ème fresque de street art qui vaut le jus.


Le bousier du collectif Des Friches et des Lettres
Encore une œuvre monumentale mais dans un tout autre style…
Il s’agit d’une allégorie du bousier, cet insecte qui roule sa boule inlassablement. Mais ici, la sphère n’est pas faite de terre : c’est un amas particulièrement dense de graphismes, de lettrages entrelacés et de débris qui semblent exploser sur la brique. Et l’insecte est… une petite voiture verte dotée de pattes articulées !
Pourquoi c’est fort ? Avec l’intégration en arrière-plan de l’hôtel de ville de Roubaix, difficile de ne pas y voir un clin d’œil à la ville elle-même : un mélange de chaos urbain et de reconstruction permanente.
Comme le bousier, Roubaix recycle son passé industriel (ses friches) pour en faire une matière nouvelle, créative et colorée. Une œuvre complexe qui ancre pleinement l’art dans le paysage local.
Bon par contre, difficile d’avoir le bonheur de profiter de cette fresque complexe sans voitures garées… Et pour les photos, bah faut faire avec, même si, j’avoue, c’est un peu frustrant !

La nouvelle vie du Cosmos bowling : version spot de street art à Roubaix
Au 20 rue du Grand Chemin, juste avant la salle de concert atypique La Cave aux Poètes, on trouve le Cosmos. Cet ancien bowling a tiré sa révérence depuis belle lurette mais profite désormais d’une seconde vie grâce au collectif Plateau 112, auquel la Mairie de Roubaix a confié les clés (espérons pour looongtemps !).
En mai 2025, une JAM a été organisée sur les murs extérieurs grâce à l’implication des collectifs Plateau 112 et Otonom. À défaut d’avoir eu la chance d’y assister, on peut encore se régaler en 2026 des fresques réalisées lors de l’événement. Le thème « Mythologie et Cyberpunk » a transformé la façade en un beau spectacle visuel.
En voici un aperçu avec, dans l’ordre, les œuvres de :
- Clément Corman & Naoui Tonbouy
- Michaël Deroubaix
- Freecadences, T.O.N.T.O.N, Thomas Bayefale Lussaert et Dogm_art59
- Futé et Freecadences
- Reus87
- Wedes Oner
- Coloutside
- Dirtysix6 et Dean Oner
- Mazer
Ce genre d’initiatives est vraiment top, ça évite clairement une certaine sinistrose urbaine. Pour les street art lovers, c’est un pur kiff de voir l’art urbain s’étendre ainsi. Toutefois, il faut avoir conscience que c’est un investissement colossal — pas seulement financier, mais surtout en énergie humaine — pour faire revivre ces lieux qui, sans cela, seraient voués à l’oubli.
Entre la Piscine et la Grand Place : le street art à Roubaix sous tous ses styles
Après cette escale au bowling, on poursuit l’exploration urbaine dans le secteur entre la Piscine et la Grand Place, avec notamment 4 œuvres majeures.
Le sourire légendaire de Monsieur Chat sur les murs de Roubaix
Sur le pignon du 40 rue du Général Sarrail, je me suis laissée contaminer par le big smile du chat le plus célèbre du monde.
Commandée par la ville, cette fresque monumentale de près de 160 m2 (14 m de haut sur 11 m de large) a été réalisée en 2023 par Thoma Vuille, alias M. Chat, avec la complicité de 3 autres artistes : Monsieur Voul, Freaks et Kelu Abstract.
Pourquoi elle est géniale ? Parce que c’est une véritable carte postale (joyeuse) de l’identité roubaisienne. Le félin jaune s’improvise guide de la ville. On le découvre volant au-dessus des cheminées, pédalant devant la Condition Publique (clin d’œil : ouverte à tous sans condition) et tel un pacha dans le bassin du musée la Piscine.

Le Souffle du pochoiriste C215
On emprunte ensuite la rue du Bois pour rejoindre la rue des Fabricants. Et c’est de nouveau sur toute la surface d’un grand pignon, celui du n°58, qu’on découvre une œuvre magistrale, celle du street-artiste C215.
Si Christian Guémy a déjà représenté « le souffle dans la main » par le passé, ce que je trouve puissant ici, c’est « l’effet de souffle » qui se dégage de toute la fresque. Le portrait est en effet traité tout en courbes et en volutes, évoquant ainsi des courants d’énergie et donnant l’impression d’une apparition éthérée.

Hommage à la biodiversité urbaine par le collectif renart
On prend ensuite à droite la rue du N. Tout au bout, on a face à soi une œuvre foisonnante qui habille le pignon de la ferme urbaine circulaire du Trichon.
Ici, c’est le collectif Renart, pilier du street art local, qui a pris les commandes pour transformer ce mur en un plaidoyer pour la biodiversité urbaine.
Réalisée par une belle brochette d’artistes (@lady.alezia, @logicklpi, @daddy_pi80, @danyboylille & @tieumdekotattoo), la fresque impose son message : « Vivons simplement mieux, ici et maintenant ». Entre le lucane cerf-volant géant armé de sprays et le coq en salopette, l’humour se mêle à l’engagement écologique.

Portrait de Camille Claudel par Jimmy C
Dernière étape avant la Grand Place : le square Camille Claudel. Il semblait impensable qu’un tel lieu n’accueille pas l’effigie de l’artiste. C’est l’artiste Jimmy C qui s’en est chargé avec un portrait d’une intensité rare.
Ce portrait est le pendant parfait du portrait d’Auguste Rodin peint par l’artiste dans le parking de la Gare (je t’en ai parlé un peu plus haut). D’ailleurs si tu observes bien ces 2 fresques, tu verras qu’elles ont été réalisées avec une technique développée par Jimmy C lui-même : une sorte de pointillisme à l’aérosol.

Autour de la Condition Publique : le QG du street art et de la culture
En te dirigeant vers la Condition Publique, on passe par la station Eurotéléport. Tout près, place de la Liberté, on peut y voir 3 œuvres de street art que j’aime bien et qui sont présentes depuis plusieurs années.
On les doit à des membres du très actif collectif Otonom. Dans l’ordre :
- un portrait signé 2salag
- la tête de mot moustachue par l’Alt et Mazer
- un personnage réalisé par Coloutside
Il est temps maintenant de passer à la…
Minute culturelle en aparté :
À l’époque où Roubaix était la capitale mondiale du textile, la Condition Publique était une manufacture servant à conditionner la laine : on la stockait ici pour la peser officiellement et fixer son prix de vente.
C’est un chef-d’œuvre d’architecture industrielle avec ses célèbres toits en dents de scie (les sheds) qui, chose incroyable pour l’époque, étaient déjà végétalisés pour réguler la température et l’humidité.
Elle a été réhabilitée pour Lille2004 grâce à l’architecte Patrick Bouchain qui l’a « sauvée » d’une probable disparition.
Aujourd’hui, c’est une « manufacture culturelle » participant au rayonnement de Roubaix.
Ceci étant dit, je t’emmène débusquer encore quelques fresques de street art aux alentours de la Condition Publique :
- 97 rue Franklin, un portrait, 4 expressions par C215, ainsi que son chat fétiche
- 84 rue Franklin, La jeune fille à l’arrosoir de Ted Nomad
- 162 Grande Rue, Bébé Crash par Des Friches et des Lettres
- 186 Grande Rue, Le Terrarium par Benjamin Duquenne et Nean
Évidemment, le street art à Roubaix ne se limite pas aux fresques que je t’ai montrées, il y en a bien d’autres à dénicher.
N’hésite d’ailleurs pas à chercher les petits personnages de Mr Voul, il y en a un peu partout dans la ville.
Je suis curieuse, est-ce que je t’ai convaincue à inscrire Roubaix dans ta liste de villes à visiter pour son street art ?























































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